Samedi 7 juin 2008 6 07 /06 /Juin /2008 15:26
Oui, bon effectivement, il faudrait que je fasse un effort de présentation pour ce blog. Oui, il n'est pas seulement "dépouillé" mais franchement low-tech.
Oui, mais .. ohf .. bon .. demain peut-être.
Par Hysteresis
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Vendredi 6 juin 2008 5 06 /06 /Juin /2008 22:25

Je ne suis pas assez gai, pas assez enjoué, lymphatique, assisté, attentiste, passif, pas capable de planter un clou, pas capable de changer une roue, de conduire un J9, de conduire tout court, pas drôle, susceptible, plaintif, insatisfait, flemmard, geignard, chiant, avec des goûts de luxe mais sans les moyens de les assumer, donc globalement endetté ; sans ambition, grincheux, hypocondriaque, vélléitaire, avec une tendance à procrastiner ; je vendrais ma mère pour 5 minutes de sommeil en plus, si j'en avais encore une, je suis un psycho rigide du lait, de l'ovomaltine et du nutella le matin, je ne peux pas m'endormir sans lire une ligne, je ne peux pas m'endormir sans avoir envie de faire l'amour ou n'importe quoi avec une vague connotation sexuelle, je n'ai aucun sens des convenances ni de la politesse élémentaire, je suis pourri gâté et un fils unique qui ne tolère pas d'être hors centre, donc égocentrique, vaniteux, orgueilleux, et ce qui n'étonnera personne ayant quelques notions de psychologie apprises au PMU, je souffre d'un déficit chronique d'attention et de confiance ; je peux rester 1/4 d'heure à regarder ma bibliothèque et je préfère globalement les livres à beaucoup d'autres choses; je n'ai aucun sens de la famille malgré une tendance tout à fait construite à revendiquer mes origines méditéranéennes, ma phrase fétiche est "on verra bien" et "je vais le faire demain"; j'adore jouer aux jeux video et j'ai failli pleurer en regardant la bande annonce de GTA4 ; ma conception d'une bonne soirée n'a pas sensiblement évolué depuis mes 15 ans, je ne suis foncièrement pas sociable et la compromission m'ennuie; je n'ai jamais fait de camping de ma vie et serais bien incapable de planter une tente ; je ne lis jamais aucune notice parce que je suis persuadé d'être trop intellignet pour ça ; je monte très bien les meubles Ikea, nonobstant ; je n'aime pas danser, je ne sais pas danser ; je prends un ton doctoral pour expliquer les choses les plus simples comme les plus compliquées ; je supporte mal la contradiction, l'agitation, les caniches, les animaux en règle générale, la pudibonderie, les promenades après les repas de famille ; j'ai des tendances paranoïaques, je fume, j'ai un orteil plus grand que les autres (au milieu du pied), j'ai une définition très personnelle de l'altruisme qui correspond le plus souvent à celle de l'égoïsme (voir ci dessus à "fils unique pourri gâté"); sans en être sûr, je crois ronfler, je suis météoropathe et je suis capable de fumer un vieux fond de tabac à rouler juste pour ne pas avoir à sortir sous la pluie ; je peux me répéter pendant des heures à propos d'un album ou d'un film, ou de n'importe quoi (voir ci-dessus "ton doctoral" ou "tendance à s'écouter parler"), je préfère les femmes aux hommes, en amitié comme en amour ; je confonds "budgéter" avec "prévoir grossièrement un peu de thunes", je ne sais pas clouer, mesurer, poncer, peindre, coller, rappiécer, coudre, usiner, fendre du bois, raboter, limer, percer, dénuder un fil, souder, visser, monter un mur, mais j'ai un vocabulaire technique irréprochable qui me permet le cas échéant de faire illusion ; je ne sais pas changer une bougie, nettoyer un carburateur, faire une vidange et n'ai jamais eu aucune espèce d'intérêt pour les calendes, les carrosseries, le vroum-vroum et les chromes; pendant une semaine mon seul sujet de conversation peut se limiter au fabuleux groupe de deathcore suédois qui égorge une chèvre sur scène à chaque concert ; marche aussi pour les films obscurs, les livres obscurs et/ou illisbles ; je hais les horaires; je  suis très rarement à l'heure, je ne fais pas ce qu'on me dit, j'ai mauvais goût, je cuisine bien, mais jamais, je fais des jeux de mots vaseux (voir ci-dessus "pas gai, pas enjoué"). Je comprends tout de travers et il faut me par-ler len-te-ment plu-sieurs fois de suite si on veut que ça rentre, j'ai l'obssession des détails, un goût pour le tape à l'oeil et le m'as-tu-vu, une tendance à me croire aussi irrésistible qu'avant, je n'aime pas le foot, et je déteste tout ce qui contient le mot "collectif" (habitations collectives, sport collectif, collectif d'art et d'essai, ouvrage collectif, jeu collectif, associations, bande de jeunes, groupes, collectivités, collectivisme), je ne sais rien faire de court, pas plus un mail qu'un coït, j'ai une tendance au catastrophisme, je ne porte que du noir et du gris, j'ai des boxers qui s'effilochent, des jeans odieux; je ne peux pas passer devant une glace sans m'y regarder; je ne fais pas ce que je dis et ne dis pas non plus ce que je fais; je suis exigeant, et le matin je mets une bonne demi-heure avant de pouvoir tenir une conversation autrement qu'en grognant, je me rase aléatoirement, je suis parfois à court de l'essentiel mais jamais du superflu, je fais les courses de manière aléatoire et j'oublie toujours la moitiés de la liste ; j'oublie la liste la plupart du temps; je suis pessimiste, opportuniste ; je suis démocrate à condition que ce soit moi qui décide; je ne change pas de brosse à dents assez souvent; je ne peux pas vivre sans une connexion internet ; je passe mon temps à déplorer et à vitupérer, je suis déclinologue, philologue, anthropologue, misanthrope, tendanciellement misogyne; je ne sais pas dire non à mon père et n'ai résolu aucun des complexes affectifs nécessaires à un développement harmonieux; mon image de la femme a 50 ans d'âge au bas mot, et lire Butler ou Irrigaray n'y change rien; je n'aime pas les imprévus ; je suis prévisible, ennuyeux, laconique ; "après moi le déluge" pourrait me servir d'épitaphe; j'ai une confiance aveugle dans les produits "nettoie sans frotter"; j'achète toutes les nouveautés juste parce que j'ai vu la pub à la télé, même si c'est le triple du prix habituel, je ne gagne pas assez d'argent mais je suis dépensier; tout ce que je ne connais pas est forcément nul, je suis insensible, n'ai pas de coeur, peu d'empathie, ne sait pas ce que c'est que de travailler sous prétexte que j'ai pu m'en passer; j'intellectualise tout, trop; je suis incapable de changer, j'ai une tendance à la stagnation, un goût pour l'inanité et le sur-place; un goût chrétien pour la flagellation et l'expiation; je ne sais pas ce que c'est que le dévouement ou le don de soi; je suis individualiste, je n'aime pas la nature, les arbres, les fleurs, le spectacle enchanteur des petits animaux qui s'ébattent dans les champs; je suis possessif, jaloux, surprotecteur, je règle mes problèmes d'ego à coups de poings, j'ai de mauvaises fréquentations, n'ai pas non plus le sens des priorités - je n'ai pas le permis ; je suis gonflant, long à la détente, ne fais rien assez vite, ne fais rien vite tout court ; je suis dans un doute permanent à propos de l'ensemble des choses; je ne suis jamais content de mes cadeaux - pas assez nombreux, pas assez chers, pas assez bien; j'ai beaucoup trop de temps libre et ma gestion du temps est affligeante (voir ci-dessus "procrastination"), l'idée d'une utilité du temps libre ou de rentabilité m'est complètement étrangère; je ne paye jamais mes factures à temps, je ne rends jamais rien de ce que j'emprunte à temps, j'ai une mémoire sélective.
Et non, je ne suis pas célibataire mais j'y travaille.

Par Hysteresis
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Vendredi 23 mai 2008 5 23 /05 /Mai /2008 11:05
Quand on s'inscrit sur Meetic - ça n'étonnera pas de quelqu'un qui a déjà un blog, ni donc, je suppose, les lecteurs de blogs - on vous demande un profil.
L'art du profil, je le concède, est infiniment plus beau chez Vauvenargues et La Rochefoucauld que sur Meetic. Et si j'étais un moraliste classique, je n'aurais pas besoin de Meetic pour espérer emballer une princesse, alors, pas de mauvais esprit s'il vous plaît.

Bref, il faut faire un profil. Ce que je fais consciencieusement, tout en me disant que si personne ne songerait une seconde à vouloir rencontrer quelqu'un qui écrit des choses comme ça. Comme ça me semblait un peu aride, je termine par une note d'humour, ce qui chez un garçon de mon âge et de ma condition (de vile extraction, bien sûr) s'apparente invariablement par une note touchant a) à l'alcool b) au sexe c) et au mélange détonnant des deux lorsque l'on est face à une personne inhibée (oui, comme sur Meetic, vous avez suivi). C'est ce que l'on appelle de l'humour de transfuge.

Une heure plus tard je reçois un mail de l'équipe de Meetic, sans doute beaucoup influencée par le fascisme post-moderne (oui, je parle bien du multiculturalisme), m'indiquant que "mon annonce avait été modifiée". Intrigué, je vais voir (je déteste qu'on touche à mes textes). Ces ennemis objectifs de classe avaient tout simplement enlevé une subtile note d'humour à propos de psychosociologie féminine et d'états éthyliques.
J'ai donc laissé le profil tel quel en sépcifiant à la fin : "cette annonce a été délestée de manière outrancière de la substance de ce qui fait mon charme et mon immense potentiel de séduction par l'idéologie fascisante qui conduit notre société à devoir recourir à Meetic. La boucle est bouclée, je resterai donc mystérieux, seul et dérisoire, mais digne."

Inutile de dire que j'ai reçu des cohortes de messages enflammés saluant mon courage politique ainsi que "des vues intéressantes sur le concept de globalité dans les sociétés industrielles où le capitalisme ronge la spontannéité du lien social en le marchandisant et en l'exploitant ignominieusement". J'ai renvoyé la demoiselle à ses livres. Parce qu'avec un message pareil, je serais surpris que son potentiel érotique soit en harmonie avec l'absence du mien.
Je vais donc me réinscrire en mettant : "salut je suis un garçon gentil, doux, attentionné, compréhenssif, qui aimrais rencontrer une fille sympa pour sortir et parler. Je ne suis pas du tout intereC par le seqse, c'est secondaire. Je cuisine tres bien et aussi je masse bien (a ce qu'on dit ! mdr !) et aussi je danse au lieu de rester assis à me souler comme un gars normal. Si donc tu veux rencontrer un mec qui fait semblant de ne pas en être un, ben, vazy lady, push the button ! LOL ! :xx"

Oui, c'est sûr, c'est plus honnête.
Bon ben finalement Meetic, je pense que je vais passer mon tour et aller jouer à GTA IV.
Par Hysteresis
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Dimanche 17 février 2008 7 17 /02 /Fév /2008 16:09
Il faut que je dise un mot du nouvel album d'Ultra Vomit. J'avais chroniqué Kebabized at birth en le comparant, comme tout le monde, à cet autre groupe de grind, dans une autre vie, sur un autre blog.
Bon alors je l'écoute un peu en boucle en ce moment, donc je ne suis pas objectif. Mais, pour les moins jeunes, je trouve qu'on avait rien fait d'aussi bon depuis le premier Houlala. Il faut impérativement écouter "Je collectionne des canards (vivants)".Voilà.
ultra_vomit.jpg
Par Hysteresis
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Dimanche 17 février 2008 7 17 /02 /Fév /2008 15:28
Comme tous les Dimanche à 10H51, je me lève.
Je m'assieds devant l'écran pour voir quel sera la sujet de  l'émission d'aujourd'hui. Petitun, la dégringolade dans les sondages, petitdeux, la plan banlieues. Je m'interroge sur ma capacité à écouter Bourlanges et Gallo au saut du lit, dans la mesure où chez Gallo tout dérive de l'axiome (parodie léniniste comme il se plaît à le rappeller) selon lequel "le gauchisme est la maladie infantile des démocraties". Dès lors, je me demande s'il est bien nécessaire de l'écouter à nouveau sur la mauvaise-lecture-post-moderne-du-dévoiement-de-la-fonction-présidentielle. 
Bon, j'hésite quand même, parfois c'est drôle. Comme je tergiverse, j'allume la télévision.
Mmmh. Série Club : un homme en colère, avec Richard Borhinger, dont le seul mérite est d'avoir une fille avec de gros seins (et hop un tag qui va faire exploser mes visites). Mmmh. Non. Jimmy : Unsaved. Je ne comprends rien à la scène qui se déroule. L'héroïne a un sourire qui découvre ses gencives. Incapacitant.
Alors, bon, j'avance encore un peu avant d'éteindre pour écouter la radio. TV Breizh : la chaîne où vous avez neuf chances sur dix de tomber sur 1) Columbo 2) Arabesque. Coup de chance, c'est Melrose Place.

Amanda (à Billy) : Tu ne peux pas faire ça à Allison ! Et Brooke t'aime !
Billy se passe la main dans ses cheveux gras, se frotte le visage, tire sur son marcel blanc - la scène se déroule le matin.

Billy : Je n'en peux plus Amanda, je ne supporte plus de ne pas dire la vérité. (Billy a beaucoup lu Nieztsche en diagonale au bord de la piscine). Si Brooke m'aime alors elle comprendra.
Plan serré sur les yeux clairs de Heather Locklear, comme à la grande époque de Hooker.

Amanda: Billy. N'oublie pas la Compagnie. Je possède des choses sur ta relation avec le père de la belle-soeur de Brooke- (Rire sardonique). Tu es si naïf.
Billy baisse les yeux vers le sol et tourne brusquement la tête. Ses yeux brillent. Il soupire longuement.

Billy: Tu as gagné Amanda. Je vais m'enduire le corps de sirop d'érable et chanter Yellow Submarine dans la piscine. Comment peux-tu me faire ça ? Après tout ce que nous avons éprouvé l'un pour l'autre.

Je marque un temps d'arrêt. Wah. Quand même. Melrose Place avec Heather Locklear VS Jean-Louis Bourlanges. Je croque quelques Chokella. Soudain Allison gifle Jack. Bof, de toute façon, l'Esprit Public, ça revient quand même souvent pareil... non ?
Par Hysteresis
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Dimanche 3 février 2008 7 03 /02 /Fév /2008 11:44
Il y a quelques temps, tout le monde avait un foin du diable autour de ce site.
Dans une autre vie, j'avais moi aussi entrepris la subversion de cette icône post-moderne qu'est la série des Martine. Il faut être réaliste, à l'époque, personne n'en avait parlé. Vexé, je revendique.

hasta_siempre_martine.jpg

Boah, c'est Dimanche, je m'ennuie un peu, alors autant procrastiner. D'autant que j'ai des corrections passionnantes à faire.



Par Hysteresis
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Vendredi 1 février 2008 5 01 /02 /Fév /2008 21:06
Fidèle à la trame selon laquelle l'image la plus adéquate de ma vie sentimentale est celle d'un bouledogue ayant mangé un yaourth, j'ai eu l'immense privilège de rencontrer hier la nouvelle conquête de mon ex-femme. Dans ces situations-là, l'essentiel est de savoir lire entre les lignes, ou comme dit Nietzsche, ne pas "laisser le texte disparaître sous l'interprétation" (PDBM, §38).

Elle dit :"Tiens, qu'est-ce que tu fais dans le quartier ? Moi, je profite du beau temps pour faire un tour avec Jean-Eudes.'
Il faut comprendre : "Tiens, mais tu as donc une réelle vie extérieure à ton appartement et à tes livres [on peut remplacer livres par "les handicaps sociaux que sont tes amis proches"] J'ai enfin trouvé un mec qui accepte de faire cette chose inutile, canine et socialement valorisante qu'est la promenade en amoureux. C'est moi qui tiens la laisse et lui qui jappe, mais quoi, il est tellement plus joyeux et enjoué que toi. Tu as vu, il a un prénom composé, c'est trop désuètement chic, je kiffe."

Elle dit : " J'ai enfin pu poser quelques jours de RTT, ça va me faire un bien fou, je n'en peux plus. Des fois, un peu de temps et on apprécie les petites choses. Peut-être qu'on profitera de la maison de Jean-Eudes à Deauville [suit un regard de biais vers Jean-Eudes]"
il faut comprendre : "Mon nouveau jules est grave blindé. Et encore, je ne te dis rien de sa famille. Pour le reste, je suis en pleine euphorie sexuelle. Il ne brille pas par ses dimensions, mais il est doux, attentionné, rapide, ce qui m'évite d'avoir mal à la mâchoire le lendemain. Et toi ? Toujours abonné à XXL ?"

En fait, je dois bien avouer que Jean-Eudes est petit, habillé comme il se doit pour un ingénieur informaticien et qu'il n'utilise sûrement pas les gels désincrustants Hugo Boss que sa maman lui offre chaque Noël. Il a ce petit sourire niais qui laisse transparaître la peur des anciens souffre douleur de cour d'école. Mon dieu, mon Dieu, mais c'est peut-être réellement un hobbit ? Si ça continue, elle va m'avouer qu'il la réveille la nuit pour lui lire des poèmes de Rilke et qu'il lui demande d'éteindre la lumière pour mieux sentir son âme au moment de l'orgasme. S'il était si doué, je suppose qu'elle serait moins hystérique et plus détendue. Je mise donc sur : 1) une timidité maladive rendant problématique toute pratique sexuelle dépassant le stade "oeuf à la coque" (3minutes) 2) l'absence de préservatif, pour les mêmes raisons 3) un garçon émotif, compréhensif (ce qualificatif étant une code secret entre filles pour qualifier un mauvais coup, mais, gentil), qui lui pardonne sa frigidité refoulée et les aléas de vieilles vaginites râpeuses 3) de grands moments de complicité, des regards tendres, de longues promenades champêtres (depuis Senancour et Fontainebleau, l'écriture romantique a on ne peut mieux montré le potentiel de frustration que recouvre le paysage état d'âme, ager contre silva, Chateaubriand contre Joseph Conrad)
Depuis que je l'ai rencontré, je ne peux jamais m'empêcher de lui demander de transmettre mes amitiés à Brad Pitt. Curieusement, elle n'en rit pas.
Par Hysteresis
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Mercredi 30 janvier 2008 3 30 /01 /Jan /2008 16:37
13H42. J'ai commencé mon cours il y a 10 minutes. Ce n'est pas la foule des grands jours dans l'amphi, mais suffisamment pour faire illusion.
Globalement, je ne connais aucune d'entre elles, mais depuis quelques semaines j'ai repéré Blandine. Blandine est toujours assise dans les premiers rangs; Blandine a toujours un air, mais personne ne parvient à savoir s'il s'agit de concentration ou de total ahurissement. Elle regarde les notes de sa voisine chaque quart d'heure, puis le tableau, puis moi, puis empoigne son stylo, le lève, et renonce dans un soupir. Ce manège m'amuse beaucoup. C'est comme si je pouvais entendre le petit cliquetis cérébral qui l'empêche de poursuivre le mouvement ; elle semble dans l'impossibilité mécanique de poser un mot. Quand je termine une phrase en disant : "l'essentiel de la thès de X, c'est ça", Blandine fronce les sourcils et fait dans un grand bruit "Aaaaaaaahh ouaaaaaaiiisssss, d'accooooord". Elle hoche lentement la tête, l'air appliqué, attrape son stylo et n'écrit rien. Mais elle regarde fixement sa feuille. Peut-être, l'encre est-elle sympathique, ou, plus plausible, elle attend que sa feuille se change en origami de grenouille qui lui révèlera le secret de la beauté éternelle - "Crôa, crôa, perce ton nombril, fais-toi une frange, écoute Diam's et mets des strings en forme de papillon, crôa, crôa".

Blandine, aujourd'hui, vient de se curer discrètement le nez pendant cinq minutes - avec un bâton de sucette ou ce qui y ressemble - de sa main droite, et regarde sa main gauche comme on se plongerait dans un tableau d'Escher. Elle tend ses doigts, puis : paume vers le haut, paume vers le bas. Sa bouche est légèrement entr'ouverte, elle paraît absorbée. Si ce n'était ce regard torve de vache normande, et une lumière déclinante, je lui prêtrais volontiers une ressemblance avec les représentations des Vierges byzantines. Comme quoi, on frôle parfois le génie en l'ignorant.
Je leur distribue un texte incompréhensible. Baîllements. C'est vrai, qui peut bien lire quoique ce soit aujourd'hui ? Un texte sur l'intentionnalité passive et l'apport de la phénoménologie husserlienne dans la conception bourdieusienne de l'habitus ? C'est un psycho-test m'sieur ? On peut faire un débat sur ça m'sieur ? C'est quoi "passive" m'sieur (là je réponds : "une tautologie en ce qui vous concerne", et là, on me répond généralement : "merci", et on note ma réponse dans son cours, sidérant) ?
Je laisse cinq minutes de lecture. Pendant ce temps, Blandine se retourne pour poser une question "over-essentielle" à Salmigondis, sa voisine de derrière. Je tends l'oreille.

- "T'as pas ton vernis steup' ?"
-"Hein ?"
-"Tu peux me passer ton vernis steup' ?"
-"Ah ouais. Ok. Ouais, 'ttends. Mais tu l'utilises que pour tes ongles hein, m'en faut moi"
Là je me demande : pourquoi faut-il qu'il lui en reste ? Le boiraient-elles en cachette ? Salmigondis me fait un sourire hypocrite et tends son flacon. Point je ne moufte. Soudain, Blandine a l'air contrariée. Elle chuchote.

- "C'est pas le même"
-"Hein ?"
-"C'est pas 'rouge sublime' à la créatine et aux élastomères redensifieurs"
-"Hé mais t'es trop une dinde toi ..."
-"Ah ben non j'en veux pas alors. Il est tout pérave ton vernis"

Les cinq minutes sont écoulées. Je m'apprête à reprendre mon cours. Je regarde ma feuille de cours :  
A) Bourdieu et la phénoménologie : Husserl, Heidegger, Merleau-Ponty
.
Je lève la tête. A ma droite, il y a un joli soleil d'hiver qui filtre par la baie vitrée. Un rayon tombe sur les cheveux bouclés de cette fille qui vient une fois par mois à mes cours. Tiens. Mais elle est jolie. Nonobstant le piercing qui lui barre le septum.
Par Hysteresis
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